Lise Lemoine, Marie-Claude Mietkiewicz et Benoît Schneider : Fratrie et handicap (trisomie 21 versus autisme) – les représentations dans la littérature jeunesse

Cette étude s’intéresse aux représentations, dans la littérature jeunesse, des relations entre les enfants avec trisomie et autisme et leurs frères et sœurs, au regard des conclusions des travaux scientifiques sur les relations fraternelles à l’épreuve du handicap qui mettent en évidence l’impact différentiel de ces deux types de handicap sur la construction de ce lien. Cet intérêt pour la littérature jeunesse se justifie par le fait que lorsque les livres destinés aux jeunes enfants abordent des questions difficiles comme le handicap, ils proposent des situations et des modalités de réponse en accord avec les représentations et normes culturelles. Ainsi, ils peuvent aider au dialogue en particulier avec les frères et sœurs d’enfants avec handicap et remplir une fonction éducative. Dans cette perspective, 24 livres destinés aux enfants âgés de 3 à 12 ans, 12 pour chacun des deux types de handicap ont fait l’objet d’une analyse de contenu. Les résultats indiquent que tous les ouvrages autorisent l’expression de la souffrance et d’un rapport conflictuel avec l’enfant porteur de handicap. Mais, alors que l’empathie et les gratifications affectives perçues par la fratrie de l’enfant avec trisomie permettent d’instaurer la complicité, le rejet et l’indifférence ressentis par celle de l’enfant avec autisme peuvent entraver la construction du lien fraternel. À l’injonction parentale à la responsabilisation s’ajoute pour les frères et sœurs des enfants avec autisme l’exigence d’une compréhension inconditionnelle qui est ressentie comme injuste. Il appert donc que les livres étudiés sont susceptibles d’accompagner utilement les frères et sœurs des enfants porteurs de handicap et permettent une potentielle reprise éducative, mais ouvrent rarement sur une projection dans l’avenir.

 

Siblings and disability (down syndrome versus autism): social representations in children’s literature

This study focuses on the representations, in children’s literature, of the relationship between children with Down syndrome and autism and their siblings and compared them with the conclusions drawn from the scientific literature on sibling relationships when faced with the issue of disability, which shows the differential impact of the two disabilities on the construction of such relationships. Children’s literature is worth studying because, when books written for young children deal with such difficult issues as disability, they offer situations and possible reactions matching cultural norms and representations. In that way, they can promote dialogue, in particular with the siblings of the child with a disability, and thus fulfill an educational function. Within this context, a content analysis of 24 books for children aged from three to 12 years old, 12 for each type of disability, has been conducted. Results indicate that the books allow the expression of suffering and of a conflictual relationship with the child with a disability. However, whereas for siblings of children with Down syndrome empathy and affective gratification make bonding possible, the rejection and indifference felt by the siblings of children with autism can prevent the construction of sibling relationships. Siblings of children with autism have to deal both with their parents’ instruction to act responsibly and with the necessity to give unconditional understanding, which is perceived as unfair. It therefore appears that analyzed books can be useful for siblings of children with a disability and for a potential educational follow-up, but they rarely offer glimpses into the future.